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Infographies World Cup Project

Petite histoire de la moyenne de buts en Coupe du monde

World Cup Project #3. Avec les Jeux Olympiques et le Superbowl, la Coupe du monde de football fait partie des compétitions sportives les plus regardées à travers la planète. Au-delà de l’enjeu de la confrontation entre nations, le spectacle est-il toujours au rendez-vous ?

Depuis 1930, 836 matchs de Coupe du monde ont été disputés. Au cours de ceux-ci, les spectateurs ont pu voir 2 379 buts inscris, soit presque trois (2,8) par match. Certes le nombre de buts par match ne suffit pas à définir si un match est intéressant à regarder ou pas. Les actions collectives, les gestes techniques, les parades de gardiens de but, le suspense ou la dramaturgie du résultat… autant de critères qui définissent la spectacularité d’une rencontre de football.

Cependant, en recoupant la moyenne de buts et d’autres indicateurs disponibles 1, on peut estimer cette spectacularité et ainsi en observer l’évolution au fil des ans.

Moins prolifique que la LDC, plus que l’Euro

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Sur l’ensemble des éditions, la Coupe du monde affiche une moyenne de buts comparables à celle de la Ligue des Champions (ex-Coupe des clubs champions), la compétition reine au niveau des clubs. Mais en comparant ces compétitions depuis qu’elles existent toutes les deux, c’est-à-dire depuis la Coupe du monde 1958 (la Coupe des clubs champions est née lors de la saison 1955-1956), le nombre de buts par match est légèrement supérieur dans le tournoi européen (2,85) que dans le Mondial (2,62). En revanche, la Coupe du monde est plus prolifique (2,57 buts) que le Championnat d’Europe des nations (2,46) depuis l’édition 1962 2.

Le tournant des années 1960

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Après deux décennies très riches en buts, les années 1930 puis 1950 lorsque la compétition reprit après-guerre, la Coupe du monde connaît un tournant dès l’édition 1962. La moyenne de buts par match, jusque-là largement supérieure à trois unités, passe sous cette barre qu’elle ne dépassera plus jamais. Elle l’approchera de très près en 1970 au Mexique, mais se lissera de plus en plus proche des deux buts par rencontre au fil des décennies.

Par comparaison, la Coupe des clubs champions mettra une décennie supplémentaire pour que sa moyenne de buts passe sous les trois par match. L’Euro, de son côté, est parti dès ses premières éditions sur des bases moins élevées, puis a connu une forte croissance du nombre de buts dans les années 1970, avec notamment un Euro 1976 record (19 buts en quatre rencontres, soit 4,8 par match) 3.

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La moyenne de buts dépend bien sûr de l’évolution du football, qui est devenu beaucoup plus tactique dans les années 1960. C’est à cette époque que le Catenaccio se popularise avec les victoires de l’Inter Milan d’Helenio Herrera sur la scène nationale et européenne. Le jeu défensif devient un moyen d’obtenir des résultats dans un sport qui s’appuyait auparavant sur l’attaque. Cela se ressent donc dans la moyenne de buts des grandes compétitions.

Seuls 82 matchs (9,8%) de Coupe du monde depuis 1930 se sont achevés, au terme des 90 minutes réglementaires, sur un score nul et vierge. Mais leur nombre a été multiplié par cinq entre les décennies 1950 et 1960. La part de 0-0 est restée comprise entre 10 et 11 %, en dehors d’une hausse dans les années 1970 (14,5 %) et d’une baisse dans les années 1990 (6,9 %).

Le rapport technique de la Coupe du monde 1974 rappelle que le jeu défensif s’est largement répandu parmi les équipes, même si ce sont les deux équipes les plus offensives, l’Allemagne et les Pays-Bas, qui ont atteint la finale. Quant à la décennie 1990 et aux deux Coupes du monde jouées (1994 et 1998), elles font suite à un Mondial 1990 qui avait marqué les esprits par la pauvreté de son spectacle. Outre sa moyenne de buts par match (2,21, la plus faible de toutes les éditions), dont près d’un tiers sur coups de pieds arrêtés, celui-ci affiche une recrudescence des gestes violents qui entraîne le doublement du nombre d’expulsions par rapport à 1986. C’est même suite à cette Coupe du monde que la FIFA interdira au gardien de se saisir d’un ballon remis volontairement en retrait par un coéquipier : l’abus de cette technique par les Égyptiens contre l’Irlande a grandement influencé cette décision. De fait, les dispositions prises par la Fédération internationale portèrent leurs fruits dès 1994, puisque sept minutes de temps de jeu effectifs furent gagnées, et l’on vit plus de buts et beaucoup moins de matchs fermés.

De plus en plus de matchs serrés, générateurs de suspense

Mais une autre raison explique ce changement : le nivellement. Quand on observe les résultats des matchs des Coupes du monde les plus prolifiques, on s’aperçoit que la profusion de buts était souvent due à un écart de niveau. Pour le dire autrement : il y avait plus de 5-2 ou de 6-1 que de 4-3 ou 6-5. Et cela en va de même pour la Coupe des clubs champions, où les écarts de niveau entre les grands clubs européens et les autres étaient bien plus criants lors des premières décennies. L’Euro de son côté a toujours opposé, dans sa phase finale, des nations dont le niveau est plus proche, d’où sa moyenne de buts moins importante.

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Le nombre de matchs nuls a progressé jusque dans les années 1990, et il s’établit depuis à près d’un tiers des matchs disputés. De plus en plus de matchs, près de la moitié depuis 1990, ne se jouent qu’à un but d’écart.

Dans le même temps, environ 20 % des rencontres se décantent dans les quinze dernières minutes, c’est-à-dire que l’ouverture du score, le but de la victoire ou l’égalisation interviennent en fin de match. Un match sur cinq se joue donc jusqu’au bout du temps réglementaire, ce qui génère du suspense quant à l’issue du résultat.

À quoi s’attendre pour la Coupe du monde 2018 ?

La précédente édition a été marquée par un football offensif puisque le record de France 1998 (171 buts) a été égalé. Cependant, c’est aussi le Mondial où il y eu les plus de 0-0 en nombre (11) et en pourcentage (17 % des matchs). Des matchs comme Brésil-Allemagne (1-7), Suisse-France (2-5) ou Espagne-Pays-Bas (1-5) ont contribué a établir ce record, malgré la croissance de scores vierges.

Le nombre de résultats nuls et de matchs se jouant à un but d’écart sont proches de ceux de 2010. En revanche, les fins de matchs ont été plus animées au Brésil qu’en Afrique du Sud.

Depuis 1954, les Coupes du monde suivants une édition ayant établi un record de buts ont été un peu moins prolifiques. Mais de la même façon que le jeu défensif s’est imposé dans les années 1960 et 1970, les systèmes plus offensifs sont aujourd’hui revenus en grâce, notamment au travers d’entraîneurs comme Pep Guardiola. La Coupe du monde 2014 en a été la preuve. Compte-tenu du contexte footballistique actuel, la campagne de Russie 2018 pourrait donc être plaisante à suivre. On l’espère fortement en tous les cas !

Notes :

(1) Jusqu’à récemment, les statistiques n’étaient pas aussi avancées et ne permettaient pas d’analyser le nombre de dribbles ou de passes dangereuses par match par exemple.

(2) En comparant à l’Euro deux ans auparavant. Celui de 1960 comparé à la Coupe du monde 1962, de 1964 par rapport à 1966, etc. L’Euro 2016 n’est donc pas pris en compte.

(3) Jusqu’en 1980, la phase finale de l’Euro ne se composait que de deux demi-finales, un match pour la troisième place et la finale. Il y eu cinq matchs en 1968 car la finale fut rejouée après un résultat nul.

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