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Infographies World Cup Project

Bilan en Coupe du monde : le plafond de verre des sélections africaines

World Cup Project #2 : Toujours présentes en Coupe du monde depuis 1970, les équipes du continent africain ont pourtant rarement passé le premier tour. Cependant, il s’en est souvent fallu de peu pour que certaines atteignent le dernier carré.

Affiliée à la FIFA depuis 1923, la sélection égyptienne fut la première équipe africaine à figurer dans une compétition internationale de football. Après des performances encourageantes aux Jeux Olympiques 1924 (quarts de finale) et 1928 (4e place derrière l’Italie), les Pharaons n’effectuèrent pas le long périple jusqu’en Uruguay en 1930.

Quatre ans plus tard, lorsque le trophée Jules Rimet se dispute en Italie, l’Égypte ne rate pas l’occasion. Après avoir aisément disposé de la Palestine (11-2 sur l’ensemble des deux matchs), elle est opposée à la Hongrie au premier tour (les Coupes du monde 1934 et 1938 se jouaient en match à élimination directe sans phase de groupes). Mené 2-0 à la demi-heure de jeu, Abdelrahman Fawzy marque le premier but, puis le premier doublé d’un joueur africain en Coupe du monde. Malheureusement pour lui et son équipe, la Hongrie fait la différence en seconde période, s’imposant 4-2.

Il faudra attendre 1970 pour revoir une sélection issue de la Confédération africaine de football (la CAF, fondée en 1957) en phase finale d’un Mondial. À l’instar de 1934, il en faudra parfois de peu pour que certaines d’entre elles concluent leur épopée sans un goût d’inachevé.

Beaux parcours, fins cruelles

Algérie 1982

« Match de la honte », « Honte de Gijón », « Pacte de non-agression de Gijón »… les qualificatifs ne manquent pas pour désigner le match opposant l’Allemagne de l’Ouest et l’Autriche au premier tour de la Coupe du monde 1982. Alors qu’elles disputent leur troisième et dernier match de poule, les deux formations pouvaient se qualifier, à condition que l’Allemagne l’emporte par moins de trois buts d’écart. Au terme d’un match nul (au sens propre), où les deux formations s’adonnèrent rapidement à un jeu de passe à dix plus qu’à du football, l’Allemagne de l’Ouest s’impose 1-0 et file au deuxième tour (une autre phase de groupes) en compagnie de l’Autriche. Entre aveux et dénégations au fil des ans, il semble bien que ce résultat fut obtenu suite à un accord entre au moins une partie des joueurs à la pause.

Ce résultat condamne l’Algérie à une élimination cruelle. Participant à leur premier Mondial, les Fennecs réussirent l’exploit dès leur entrée en lice en battant cette même équipe d’Allemagne 2 buts à 1. Mais après leur défaite face à l’Autriche (0-2) et malgré leur victoire face au Chili (3-2) la veille du « match de la honte », ils restent tributaire du résultat des deux formations germaniques. Si le Chili, déjà éliminé, n’avait pas réduit l’écart en deuxième mi-temps face aux Algériens, la seule option pouvant qualifier l’Autriche ET l’Allemagne aurait été une victoire 4-3 de cette dernière. Scénario autrement plus difficile à simuler…

L’Algérie a pourtant réalisé en 1982 la meilleure performance pour une première apparition en Coupe du monde d’une sélection africaine : 66 % de victoires, dont une de prestige face au futur finaliste de la compétition, et 1,7 buts marqués par match. Des performances saluées par le rapport du Groupe d’étude technique (TSG) de la FIFA : « l’équipe a montré un football bien conçu et de bonne qualité au point de vue technique. » À noter que dans le groupe 1, le Cameroun fut éliminé après trois matchs nuls, soit autant qu’une Italie en route pour la victoire, pour un seul but d’écart.

Cameroun 1990

Après avoir raté de peu la qualification au deuxième tour en 1982, le Cameroun retrouve la Coupe du monde en 1990. Comme l’Algérie huit ans plus tôt, le Cameroun démarre en frappant un grand coup : victoire 1-0 dans la match d’ouverture face aux champions du monde en titre, l’Argentine. Par la suite, les Lions indomptables vont compter sur leur joker de luxe : Roger Milla. Âgé de 38 ans, Milla va inscrire deux doublés, l’un face à la Roumanie dans le deuxième match de poule, l’autre en prolongation du huitième de finale face à la Colombie. À chaque fois, il était entré en jeu.

Lors du quart de finale face à l’Angleterre, Roger Milla va une fois de plus avoir un impact après son entrée en jeu à la mi-temps. Il obtient d’abord un penalty, avant d’offrir le second but à Eugène Ekeke quatre minutes plus tard. Menée, l’Angleterre revient finalement grâce à un penalty de Gary Lineker à moins de dix minutes de la fin, puis ce dernier récidive en prolongation.

Sénégal 2002

Une défense solide et une attaque rapide et imprévisible. C’est avec cette recette que le Sénégal a découvert la Coupe du monde et a atteint les quarts de finale. Une victoire surprise pour débuter (on en a l’habitude maintenant) face à une équipe de France championne du monde et d’Europe en titre. Un match nul face au Danemark et une errance face à l’Uruguay (match nul 3-3 alors qu’ils menaient 3-0 à mi-match) offrent la deuxième place de leur groupe aux Lions de la Teranga.

Bénéficiant de la règle du but en or en prolongation pour disposer de la Suède en huitièmes de finale, celle-ci va leur être fatale au tour suivant face à une autre équipe surprise de la compétition, la Turquie. « Les actions individuelles étaient souvent trop prolongées et le moment idéal de la passe décisive manqué », dira le rapport technique du TSG. Il n’en manquait pas beaucoup plus à cette équipe pour devenir la première sélection africaine en demi-finale.

Ghana 2010

La 19e Coupe du monde se déroule enfin sur le continent africain. Sorti de la phase de groupes sans avoir particulièrement brillé (une victoire contre la Serbie, un nul contre l’Australie et une courte défaite contre l’Allemagne), le Ghana élimine les États-Unis en huitième de finale à l’issu de la prolongation. Finalement, la dramaturgie du parcours ghanéen se jouera sur son dernier match.

Face à l’Uruguay, les Black Stars font jeu égal pendant les 90 minutes, forçant l’Uruguay à revenir au score sur un coup franc du futur Ballon d’Or Adidas, Diego Forlán. Au bout de la prolongation, l’attaquant de la Céleste Luis Suárez repousse le ballon sur sa ligne de but de la main. Expulsion. Penalty pour le Ghana. Asamoah Gyan, auteur de trois buts, dont deux penaltys, depuis le début du tournoi s’élance… la suite aboutie à l’élimination d’un Ghana que beaucoup aurait aimé voir en demi-finale après ce fait de jeu cruel.

Trop de défaites pour espérer mieux

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Bilan en Coupe du monde des sélections africaines par pays

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Bilan en Coupe du monde des sélections africaines par édition

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Depuis 1998, la CAF dispose de plus de places qualificatives pour la Coupe du monde. On compte désormais cinq équipes africaines en phase finale (six en 2010 car l’Afrique du Sud est qualifiée d’office en tant qu’organisatrice), contre une dans les années 1970, deux dans les années 1980, puis trois en 1994. Cela eut un impact bénéfique puisque sur les cinq dernières Coupes du monde, six équipes du continent africain ont passé le premier tour contre trois auparavant, et deux ont atteint les quarts de finale contre une. Cependant, les proportions en termes de résultats (matchs gagnés, nuls, perdus) et de statistiques (buts marqués et encaissés) sont très similaires entre avant et après 1998 :

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Le simple fait d’augmenter le nombre de participants africains n’a pas influer sur les résultats de ces derniers. L’augmentation du nombre de places en Coupe du monde de 32 à 48, attendues pour 2026, ne suffira probablement pas à elle seule pour améliorer les performances des « petites » équipes.

Jeunesse et effet de surprise

À partir des années 1980, de plus en plus de joueurs jouent en dehors de leur championnat national, notamment en Europe et dans les pays du top 5 (Angleterre, Allemagne, Espagne, Italie et France). Cette tendance s’est accentuée à la fin des années 1990 jusqu’en 2014. Le fait de disposer de joueurs exerçant en Europe constitue clairement un atout. Les neufs équipes ayant passé le premier tour avaient en moyenne plus de 70 % de leurs joueurs en Europe (UEFA), et les trois qui ont atteint les quarts de finale disposaient de 67 % de joueurs évoluant dans le top 5 contre 38 % pour les six éliminées dès les huitièmes.

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Un des éléments particuliers des sélections africaines en Coupe du monde est la jeunesse. La plupart ont aligné des équipes relativement jeunes, les effectifs ayant un âge moyen de 26 ans. De façon surprenante, il apparaît que les équipes ayant effectué les meilleurs parcours en Coupe du monde sont un peu plus jeunes (25,5 ans). La jeunesse semble être une force pour ces sélections qui abordent ainsi la Coupe du monde avec fougue et moins de pression que les grandes nations attendues. D’ailleurs, on constate que plus les équipes africaines sont allées loin, moins elles étaient bien placées au classement FIFA au moment du tirage au sort : en moyenne les sélections de la CAF participant à la Coupe du monde étaient classées 38e, celles ayant atteint les huitièmes de finale étaient 44e et celles figurant en quarts étaient 53e. Il semble donc que les sélections qui vont le plus loin sont plutôt celles que l’on attend pas, ou moins.

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Certes, cinq des neufs équipes qualifiées pour les huitièmes de finale figuraient dans le dernier carré lors de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) pré-Mondial. Mais parmi eux, seulement deux vainqueurs (le Nigeria en 1994 et en 2013) ont tenu leur rang. L’exemple le plus marquant restera peut-être celui de la Côte d’Ivoire entre 2006 et 2014. Un effectif expérimenté (26,5 ans en moyenne sur les trois Coupes du monde), évoluant majoritairement en Europe (96 %) voire dans un pays du Big Five (68 %, le plus élevé après le Sénégal, mais qui n’a joué qu’un Mondial), deux finales de CAN (2006 et 2012) et une quatrième place en 2008. Pourtant son bilan en Coupe du monde est loin des attentes placées dans la génération dorée des Didier Drogba et des frères Touré, qui n’est jamais sortie de la phase de poules.

Une sélection africaine en demi-finale en 2018 ?

La prochaine Coupe du monde sera celle des come-backs pour les sélections africaines. En dehors du Nigeria, présent depuis 2010, ce sera le retour de la Tunisie (12 ans d’absence), du Sénégal (16 ans), du Maroc (20 ans) et surtout de l’Égypte, nation la plus titrée du continent avec sept Coupes d’Afrique, de retour après 28 ans !

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Parmi ces équipes, lesquelles peuvent prétendre à passer le premier tour, et pourquoi pas devenir la première sélection d’Afrique présente dans le dernier carré ? Le Nigeria affiche les paramètres d’une équipe éliminée en huitièmes de finale de Coupe du monde : avec une moyenne d’âge jeune (24 ans), un classement FIFA assez lointain (41e place), la majorité jouant en Europe (87 %) mais moins de 40 % de joueurs évoluant dans un des cinq grands championnats européens (35%). Cela correspondrait à ses performances lors des deux dernières Coupe du monde.

Pour ce qui est d’atteindre les quarts de finale, le Sénégal semble une nouvelle fois le mieux placé. Avec 70 % de son effectif évoluant dans le Big Five et un statut d’outsider compte-tenu de l’absence de référence internationale ces dernières années, le Sénégal pourrait répéter ses performances de 2002. D’autant que les Lions de la Teranga disposent d’un groupe plus accessible sur le papier (Colombie, Pologne et Japon) que ses concurrents.

Le Maroc aussi pourrait espérer une qualification au deuxième tour au vu des paramètres de son effectif. Mais pour cela, les Marocains devront s’inspirer du Cameroun et du Sénégal qui avaient battu un favori dans leur groupe pour se qualifier. Le Portugal et l’Espagne sont prévenus !

Enfin l’Égypte et la Tunisie pourraient ne pas jouer plus de trois matchs en Russie. Outre leurs groupes compliqués (avec notamment la Russie à domicile et l’Uruguay pour l’Égypte, la Belgique et l’Angleterre pour la Tunisie), leurs effectifs inclus une part importante de joueurs évoluant dans le championnat national (respectivement 39 % et 65 %) et sont plus vieillissants (près de 27 ans de moyenne d’âge). Ce qui n’a jamais porté ses fruits pour les équipes africaines en Coupe du monde. Jusqu’à maintenant…

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