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Coupe du monde 2018

Et sinon, ça sert à quoi le VAR ?

2018 voit la mise en place de l’assistance vidéo à l’arbitre pour la première fois en Coupe du monde, après son introduction dans plusieurs championnats (en Allemagne et en Italie notamment). Si beaucoup l’attendait, on est en droit de se demander à quoi ça sert. Vraiment.

L’International Football Association Board (IFAB) et les réformistes nous l’avaient promise comme l’avenir radieux du football. L’arbitre assistant vidéo, ou VAR (video assistant referee), est à l’œuvre dans cette 21e Coupe du monde. Un procédé consistant à placer devant des écrans un arbitre vidéo et des assistants, chargés de surveiller les actions et de suggérer à l’homme en noir sur le terrain de revoir certaines phases de jeu. Cela doit servir à vérifier que les buts sont valables, que les fautes dans la surface sont bien sifflées, et que l’arbitre ne se trompe pas en expulsant un joueur, voire carrément sur l’identité d’un fautif à avertir. Le tout doit, bien évidemment, réduire considérablement la marge d’erreur. Ça, c’est la théorie.

D’une polémique à une autre

Un des arguments parfois mis en avant pour militer pour la vidéo est de réduire la fameuse marge d’erreur. Cette recherche du sans-faute ne se justifie que dans un souci de justice : si une faute est commise, si un attaquant est hors-jeu, il DOIT être sanctionné. Plus on se rapproche d’une justice pleine et entière, plus on refuse l’idée d’un débat, d’une polémique. Une décision juste est, en théorie, non discutable.

Si, comme moi, vous avez regardé France-Australie entre amis ou en famille, est-ce tout le monde était d’accord sur la décision de Monsieur Gassama d’accorder penalty sur Griezmann (penalty qu’il n’a lui-même pas sifflé dans un premier temps) ? Même en renvoyant les images, au ralenti qui plus est, y avait-il unanimité ? Parmi mes amis et moi, nullement. Sur les réseaux sociaux et dans les médias, non plus. Avant le VAR, chaque décision décisive d’un arbitre était discutée, d’après des facteurs plus ou moins objectifs selon l’attachement à l’équipe concernée. Avec le VAR, même chose, sauf que l’arbitre lui-même peut renverser l’issue a posteriori. Aucun bénéfice, donc.

La loterie du VAR

Diego Costa qui joue du coude sur Pepe. Cristian Pavón qui s’écroule dans la surface islandaise. Miranda poussé par Zuber sur l’égalisation de la Suisse. Ces trois actions ont donné un but ou aurait pu donner penalty. Toutes n’ont pas fait l’objet d’un recours au VAR par l’arbitre central. Pourquoi ? Le bon vouloir de l’homme en noir ? Qui sait ? Ce qui est certain, c’est que ces trois actions auraient pu être interprétées différemment après visionnage.

Concernant l’action de Costa lors de Portugal-Espagne, il semblerait que l’arbitre vidéo a communiqué avec le directeur de jeu pour lui dire qu’il n’y avait aucune raison d’annuler le but de l’attaquant espagnol. Personnellement, dans un duel entre deux joueurs roublards, je préfère la prime à l’attaque. Question de spectacle. Mais objectivement, un tel geste, ça se siffle. Si l’arbitre avait revu ce que tous les spectateurs ont vu sur leur télévision, il l’aurait probablement fait. Non seulement les images restent affaire d’interprétation, comme les décisions en direct, mais même leur recours ou non est à l’appréciation d’un homme.

En revoyant l’action du but de Zuber, il m’est venu deux réflexions. D’abord, que j’ai (très) souvent vu des cas similaires où l’arbitre donne faute au défenseur. Donc que, s’il y avait eu appel à la VAR, le but aurait pu être été annulé. Ensuite, je me suis demandé : si la vidéo doit réduire les erreurs, les éviter, dans le cas d’un coup de pied arrêté, il faut s’assurer que ce dernier est valable. Cela m’a rappelé la demi-finale de Ligue Europa, quand Rolando et l’OM crucifient Salzbourg sur un corner accordé à tort. Celui de la Suisse y était, certes, mais est-on sûr que la récupération du ballon ne souffrait pas d’une faute ? Que le ballon n’était pas sorti en touche sur l’action précédente ? Un cas similaire s’est produit en Bundesliga, lorsque qu’un penalty évident fut annulé lorsque l’assistance vidéo a révélé une faute de l’attaquant quelques secondes avant. Bref, jusqu’où devrait-on remonter le fil du jeu pour être CERTAIN qu’un but est valable ? Moi, je ne le sais pas. M’est avis que le Board ne le sait pas plus.

Un écran opaque

En revenant à l’idéal de justice sportive qu’est censé apporter le VAR dans le football, il manque peut-être un peu de transparence. Apparemment, les images auxquelles ont accès les arbitres vidéo et l’arbitre de terrain sur le bord de la pelouse ne sont pas les mêmes que celles transmises aux diffuseurs. Les décideurs ont accès à d’autres angles de vue et peuvent visionner l’action à vitesse réelle. En résumé : on ne sait pas sur quoi se base l’arbitre pour modifier, ou pas, sa décision. Que voit Monsieur Gassama pour donner penalty à la France ? Il y a contact. Et ? Suffisant pour entraîner la chute de Griezmann ?

Encore une fois, et pour toujours, l’arbitrage reste une question d’interprétation. Dans ce cas, à quoi sert une assistance vidéo, surtout quand elle est utilisée des fois oui, des fois non ? Pour prendre un contre-exemple qui fonctionne, il suffit de regarder le cousin américain du football. En NFL, la vidéo est utilisée pour ainsi dire à chaque action litigieuse ou décisive, pas juste si le gars qui regarde le match à des kilomètres du stade le décide. Mais au foot américain, les choses à juger sont parfois plus objective : est-ce que le joueur a marché sur la ligne ou a-t-il relâché le ballon avant de toucher le sol ? De plus, les spectateurs et téléspectateurs voient les mêmes images que l’arbitre, qui communique sa décision par micro. Cet usage intensif ralenti un rythme déjà haché par nature, tout comme le VAR interrompt le jeu au moins quelques secondes, parfois plusieurs minutes. Pour le reste, les sept arbitres présents sur le terrain signalent les fautes personnels. Mais il paraît que l’arbitrage humain est dépassé…

Crédit photo :

Wikipedia Commons, Darz Mol, Assistant referee during the match FC Barcelona-RCD Mallorca, Licence CC 2.5

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