analyse-marseille-atlético-finale-ligue-europa-foot-dinfographies-front
Analyse à froid

Marseille-Atlético : les raisons de l’échec de l’OM

Analyse à froid #12. Une cinquième finale européenne pour l’Olympique de Marseille, et une quatrième défaite. Face à un Atlético de Madrid abonné aux finales de Ligue des Champions et de Ligue Europa ces dernières saisons, l’OM n’a tenu la comparaison qu’une vingtaine de minutes.

Comme je l’avais annoncé (OK, c’était un peu facile), l’Olympique de Marseille était loin de son adversaire à plusieurs niveaux : l’expérience européenne, le palmarès des joueurs comme des coachs et même l’usure physique, tout était à l’avantage de l’Atlético de Madrid.

analyse-marseille-atlético-finale-ligue-europa-compo-foot-dinfographies

C’est donc dans la logique la plus froide possible que les Colchoneros ont remporté cette Ligue Europa, six ans après sa dernière victoire et après deux défaites en finale de Ligue des Champions (2014 et 2016). Marseille n’aura pas su profiter de ses quelques temps forts pour faire douter, un peu, les Madrilènes, qui ont géré assez tranquillement. Petit focus sur les manques de l’OM dans sa quête d’exploit.

20 minutes d’espérance, 70 minutes frustrantes

En début de rencontre, l’OM a entretenu l’idée d’une hypothétique victoire. Comme attendu, l’Atlético laisse la possession à son adversaire, et les Phocéens mettent le pied sur le ballon (66%). C’est dans ce laps de temps que Marseille se crée plusieurs occasions, notamment la plus importante lorsque Germain ne cadre pas son face-à-face avec Oblak (3e), bien lancé par Payet. En tout, les Marseillais ont tenté cinq frappes en 20 minutes. Adil Rami, à côté, après un tir contré (5e), Sarr à 20 mètres qui croise un peu trop (11e), ou encore un tir lointain de Payet capté par Oblak (18e). Marseille maîtrise mieux le jeu avec 73 % de passes réussies, tandis que l’Atlético produit beaucoup de déchets (50 % de passes réussies, sept pertes de balle). Mais l’OM n’en profite pas, et c’est finalement l’Atlético qui profite d’une erreur défensive pour ouvrir le score.

Une fois l’avantage acquis par l’Atlético suite au premier but de Griezmann (21e), Marseille commence à perdre le fil et commet bon nombre de fautes (sept entre la 21e et la mi-temps). Au retour des vestiaires, l’Atlético de Madrid débute un temps fort. Et, eux, ne loupent pas le coche : Griezmann double la mise avec un ballon piqué (49e), parfaitement décalé par Koke, excellent hier. En deuxième mi-temps, les Colchoneros rééquilibrent la possession du ballon (51% en seconde période) et règlent un peu leur jeu de passes (60 % de réussite). Ils profitent aussi des pertes de balle de joueurs marseillais en panne de relance au milieu (14 ballons perdus en deuxième mi-temps, dont neuf ballons rendus).

analyse-marseille-atlético-finale-ligue-europa-20-minutes-despoir-foot-dinfographies

Dans les dix dernières minutes, Marseille a un sursaut d’orgueil. Kostas Mitroglou, entré en jeu à la place de Germain (73e), trouve le poteau de la tête (80e). L’OM se rapproche des buts, sans réussir à réduire la marque, que ce soit par Amavi (83e) ou quand Njie essaye (je dis bien essaye) un extérieur du droit (86e). Le troisième but de Gabi, sur une deuxième passe décisive de Koke, est presque anecdotique (88e), mis à part rapprocher le score final de celui annoncé dans ma présentation d’avant-match.

Mandanda et Germain, symboles de faiblesse

Il était le Marseillais le plus expérimenté en coupes d’Europe (80 matchs). Et, selon moi, c’est lui qui commet l’erreur originelle sur le premier but. D’abord, parce que Zambo-Anguissa n’a pas réalisé un mauvais match, avant ou après son contrôle approximatif. Avec 85 ballons touchés, il est le deuxième phocéen le plus présent après Bouna Sarr (95). Il a réussi tous ses tacles (sept) et réalisé quatre interceptions. Mais surtout, SURTOUT, si Mandanda n’avait pas cherché à faire une passe sous la pression de deux joueurs adverses et la présence de Gabi en embuscade, s’il avait dégagé, pas de contrôle sous pression, pas de récupération haute des Mardilènes, et probablement pas de but à la 20e minute. Si cela n’aurait peut-être pas changé l’issue du match, cette erreur stoppe le temps fort marseillais et met l’Atlético sur orbite.

De l’autre côté du terrain, l’avant-centre olympien n’a, pour ainsi dire, pas existé. Après avoir vendangé une occasion en or dès l’entame, Valère Germain a erré sur la pelouse, sans jamais poser problème à la défense madrilène. En Ligue 1 cette saison, Germain n’a pas été particulièrement efficace : si on regarde ses expected goals, il montre un léger déficit, avec 10,6 xG pour neufs buts inscris. Cela signifie que, compte tenu des situations de ses tirs, il aurait dû marquer au moins deux buts de plus. A contrario, Antoine Griezmann affiche 14,6 xG pour 19 buts marqués, ce qui traduit, au contraire, une capacité à marquer des buts compliqués et à être très efficace. Germain n’a plus tiré du match et touché 20 petits ballons, soit moins que tous les titulaires (hors Payet), y compris Mandanda (35) et Oblak (21). Peu en réussite non plus dans son jeu de passes (46 % de réussite), il a pris l’eau dans ses duels avec la charnière uruguayenne (71 % de duels perdus).

Payet (presque) indispensable

Sorti sur blessure sept minutes après l’ouverture du score, Dimitri Payet était l’élément clé de l’Olympique de Marseille. Le milieu international a été décisif (but ou passe décisive) toutes les 111 minutes en moyenne, soit presque à tous les matchs. Seul Thauvin a un meilleur rendement cette saison (décisif toutes les 93 minutes). Mais Payet est, en outre, capitaine de son équipe. Son expérience est plus importante. Sa capacité à faire des différences balle au pied (près de trois dribbles réussis par match en Ligue Europa cette saison), sa qualité sur coups de pieds arrêtés (six passes décisives sur corner ou coup franc) ou encore sa frappe de loin manquent forcément quand il faut revenir au score, surtout contre l’Atlético de Madrid.

Il a paru d’autant plus indispensable que l’autre joueur habituellement décisif, Thauvin, a failli. Si sa difficulté à être présent dans les grands matchs a été soulignée dans les médias avant la rencontre, elle s’est vérifiée encore hier soir. Un seul tir, non cadré (64e), neuf ballons perdus, seulement 50 % de dribbles réussis et 65 % de duels perdus. Encore un match à oublier pour l’ancien bastiais.

analyse-marseille-atlético-finale-ligue-europa-payet-indispensable-foot-dinfographies

Luiz Gustavo en défense, la confiture aux cochons

Oui, Rolando était incertain (même s’il était entré en jeu lors de la demi-finale retour et a été décisif). Oui, Sertic et Abdennour n’ont pas vraiment donné satisfaction en début de saison. Oui, Doria et Hubocan ont été refourgués en Turquie. Mais non, ce n’est pas une bonne solution de devoir faire reculer Luiz Gustavo en défense centrale. Non pas qu’il soit mauvais à ce poste, car sa qualité lui permet de s’adapter sans trop de problème. Ses statistiques en tant que milieu ne sont pas très supérieures à celles comme défenseur, voire même un peu moins bonnes : en défense, il commet un peu moins de fautes (1,2/match contre 1,8), perd moins de ballons (0,9/match contre 1,6) et subi moins de dribbles (0,9/match contre 1,3).

Là où cela devient négatif pour son équipe, c’est au niveau de son rendement offensif. Au milieu, il peut s’occuper de la relance, puisque son jeu de passes est très propre (89 % de passes réussies, tous postes confondus). C’eut été un atout lorsque l’OM était en difficulté dans ce secteur en seconde période. De plus, en tant que milieu, le Brésilien a été décisif à six reprises (cinq buts, une passe décisive), ce qu’il n’a jamais fait comme défenseur (pas offensivement). Il a délivré 23 passes clés (amenant à un tir) en jouant au milieu, contre une seule depuis la défense.

analyse-marseille-atlético-finale-ligue-europa-luiz-gustavo-un-peu-gâché-foot-dinfographies

Par cette nécessité de faire reculer Luiz Gustavo, Marseille paie la note de son recrutement mal géré. On laisse partir Gomis, un attaquant qui, s’il n’est pas dans le top 10 mondial, a prouvé depuis longtemps son efficacité. Le tout à cause de questions salariales, pour au final lâcher 15 millions et un gros salaire (330 000/mois selon L’Équipe, plus que Fekir par exemple) sur un Mitroglou plus souvent remplaçant que titulaire, et auteur de douze buts cette saison mais aucun en Ligue Europa. Ajouté à cela des défenseurs qui s’empilent sans qu’aucun ne soient au niveau, dont certains coûtent cher (Abdennour émarge à 250 000 euros/mois), et vous vous retrouvez obligé de faire reculer votre meilleur milieu défensif en défense centrale en finale de coupe d’Europe. No bueno.

Crédit photo :

Wikipedia Commons, UEFA, Logotype de l’UEFA Europa League, domaine public

1 réflexion au sujet de “Marseille-Atlético : les raisons de l’échec de l’OM”

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.