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Infographies World Cup Project

Bilan en Coupe du monde : l’idylle sans fin entre l’Amérique du Sud et le Mondial

World Cup Project #6. À tout jamais le premier continent à avoir remporté le trophée mondial, l’Amérique du Sud entretient une relation très forte avec la Coupe du monde. Cependant, ce lien est peut-être sur le point de se rompre en 2018…

Nous sommes à la fin des années 1920 lorsque la FIFA, et son président Jules Rimet, décide d’organiser un tournoi mondial de football, encouragé par le succès des Jeux Olympiques de 1924 et 1928. Alors que plusieurs nations européennes font acte de candidature pour organiser la première Coupe du monde, c’est l’Uruguay qui est choisi. Outre les performances de son équipe nationale, double championne olympique en titre, ce choix est motivé par les festivités liées au centenaire du pays en 1930. Ah, et par des raisons financières aussi : il était prévu que la FIFA prenne à ses frais le voyage et l’hébergement des participants, et que tous les bénéfices soient partagés avec l’Uruguay. En revanche, le pays prenait sur lui d’éponger les déficits éventuels.

Ce choix marque le début du lien particulier (pas pécuniaire !) qu’entretient le football sud-américain avec la Coupe du monde. De l’Uruguay champion du monde à domicile en 1930 jusqu’à aujourd’hui, aucune décennie ne s’est achevée sans qu’un pays d’Amérique du Sud ne gagne un Mondial.

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L’importance d’être constant

De 1930 à 2014, les sélections sud-américaines ont un bilan de 165 victoires en 341 matchs, soit 48 %. Seules trois décennies affichent un taux de victoires inférieur à la moyenne. À relativiser cependant, puisque chacune de ces décennies a connu au moins un champion du monde sud-américain.

La décennie 1970 (Mondial 1974 et 1978) est celle où le Brésil, locomotive continentale, est au plus bas. Bien que figurant dans les matchs pour la troisième place lors des deux éditions, c’est une équipe plus poussive, incapable de battre l’Écosse et logiquement battu par les Pays-Bas en 1974. Quant à 1978, le match polémique Argentine-Pérou (6-0) explique l’absence du Brésil en finale. Avec ou sans ce résultat, une nation du continent aurait affronté les Pays-Bas dans l’ultime match.

Dans les années 1980, le bilan est plombé par les mauvaises performances de l’Uruguay et les déconvenues du Brésil dans les matchs décisifs (défaite contre l’Italie en 1982 et l’élimination aux tirs au but contre la France en 1986).

Et puis il faut prendre en compte le fait que les meilleurs bourreaux des équipes sud-américaines furent parfois… des équipes sud-américaines. On peut citer le Pérou, punching ball du Brésil et de l’Argentine en 1978 (deux défaites, pas de buts marqués et neuf encaissés), l’élimination du Brésil par l’Argentine en huitièmes de finale en 1990 ou encore la spécialité brésilienne d’éliminer le Chili dès la sortie des phases de groupes (1998, 2010 et 2014). À relativiser encore une fois, puisque le tirage au sort est fait pour éviter d’avoir deux équipes d’une même confédération dans le même groupe. De fait, depuis 1930, 21 défaites des sélections sud-américaines sur 109 ont été infligées par une autre équipe du continent, contre 75 par des équipes européennes (seule confédération à avoir au moins autant de participants en Coupe du monde).

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Neuf titres pour trois équipes

Le Brésil, leader continental

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Avec cinq Coupes du monde à son palmarès, on peut, raisonnablement, dire que le Brésil affectionne cette compétition. À tel point d’ailleurs qu’il est le seul pays au monde à n’en avoir loupé aucune édition. Si les performances brésiliennes ont été un peu en-dessous en 1974 et 1978, cela fait suite à une décennie fastueuse. La génération Pelé et les deux victoires finales en 1962 et 1970 (1) éclipsent facilement une Coupe du monde 1966 ratée. Si les années 1980 n’ont pas été glorieuses au niveau des résultats, les performances des Zico, Socrates et Falcao sont de très haut niveau. Comme le furent celles des années 2000, mais où le Brésil eu pareillement du mal dans les matchs à élimination directe après son titre de 2002 et enchaîna deux revers en quarts de finale en 2006 et 2010.

La Coupe du monde 2014 à domicile fut de bonne facture… jusqu’en demi-finale. Avant l’effondrement mental causant l’incroyable déroute contre l’Allemagne (1-7) et la défaite sans combattre dans la petite finale contre les Pays-Bas (0-3), le Brésil était parti sur les bases de ses précédents titres avec près de deux buts marqués par match et 60 % de victoires.

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L’Argentine, second couteau

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L’Albiceleste est habituée aux finales de Coupes du monde. Elle est habituée à les jouer contre l’Allemagne (1986, 1990, 2014). Elle est habituée à les perdre aussi : trois finales perdues en 1930, 1990 et 2014. Malgré ces revers, elle est la seule autre équipe du continent à avoir gagné plus de la moitié de ses matchs en Coupe du monde en seize participations.

Bien parties en 1930, avec un beau parcours interrompu par l’Uruguay en finale, l’Argentine et la Coupe du monde ont mis longtemps à se réconcilier. En fait, il a fallu que la compétition arrive sur ses terres pour que l’Argentine revienne au plus haut, et cette fois décroche le titre. Par la suite, l’émergence de Diego Maradona, allié en partie à la génération de 1978, a permis de rester au sommet dans les années 1980. Depuis 30 ans, les performances argentines en Coupe du monde sont en progrès constants. De plus en plus de matchs gagnés et une défense de plus en plus solide. Cependant, cela ne s’est concrétisé qu’en 2014 avec un parcours allant au-delà des quarts de finale, avant que l’Allemagne ne brise l’élan argentin.

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L’Uruguay, à la recherche du temps perdu

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Au tout début du football « moderne », entendez lors de la généralisation du football professionnel en Europe et en Amérique du Sud à la fin des années 1920, l’Uruguay était la figure de proue du football continental. Avec deux titres olympiques et la première Coupe du monde à son actif, la Celeste domine ses concurrents. Cependant, elle boude les Mondiaux 1934 et 1938, comme les Européens l’avaient fait en majorité en 1930. À son retour dans la compétition en 1950, l’Uruguay enlève au Brésil son rêve de remporter la Coupe du monde sur son sol.

À partir des années 1960, commence la période de vaches maigres pour les Uruguayens sur la scène mondiale. La Céleste enregistre de moins en moins de victoires (et même pas de victoire du tout en 1974) et disparaît même de la compétition dans les années 1990. Depuis les années 2000, l’émergence de joueurs tels qu’Alvaro Recoba, Diego Forlán, Luis Suarez et Edinson Cavani ont permis à l’Uruguay de redevenir performant, atteignant la quatrième place en 2010. Encore loin du lustre d’antan.

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Un continent scindé en deux

Derrière les trois moteurs du continent sud-américain en Coupe du monde, les six autres sélections qui ont participé eurent plus de mal à exister 2. Malgré la longue disette de l’Uruguay et la période moins faste de l’Argentine entre 1950 et 1978, aucune autre n’a réussi à s’élever au niveau du trio de tête.

Ces six équipes n’ont pas joué la moitié du nombre de matchs du trio Brésil-Argentine-Uruguay. Leur bilan est très inférieur, puisqu’elles ont presque perdu 50 % de leurs matchs de Coupe du monde. Elles ne se sont qualifiés que treize fois au deuxième tour (contre 38) et ont atteint quatre fois les quarts de finale, soit autant que l’Uruguay à lui seul. Une seule de ces six a été au-delà : le Chili, lors du Mondial 1962 qu’il organisait, éliminé par le Brésil futur vainqueur (4-2). Les Chiliens finirent tout de même troisième.

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La première décennie au palmarès vide ?

2018 est la dernière chance pour qu’un pays sud-américain remporte la Coupe du monde pour la décennie 2010. En cas d’échec, ce serait une première dans l’histoire. Les deux favoris sont comme souvent le Brésil et l’Argentine.

Le finaliste de 2014 aborde la prochaine avec une configuration de la « dernière chance » encore plus poussée, car 2018 marque le crépuscule d’une génération entière. Il est probable qu’il s’agisse du dernier tournoi mondial pour Lionel Messi (31 ans en juin), Ángel Di Maria (30 ans), Gonzalo Higuaín (30 ans), Lucas Biglia (32 ans), Javier Mascherano (34 ans en juin), voire Sergio Agüero (30 ans en juin). L’effectif probable de l’Albiceleste sera très expérimenté (28,4 ans de moyenne d’âge) et la plupart ont vécu l’épopée malheureuse de 2014.

Quant au Brésil, c’est plus l’idée du rachat qui prime. Écrasés par l’Allemagne et incapable de refaire surface pour terminer troisième en 2014, les Brésiliens auront à coeur d’enfin renouer avec le succès en Coupe du monde. Eux qui n’ont joué aucune finale depuis 2002, il y a seize ans maintenant (deuxième plus grand écart entre deux finales du Brésil après 1970-1994, 24 ans). Si bon nombre des joueurs de l’effectif auront vraisemblablement d’autres opportunités de briller en Coupe du monde (Neymar, Coutinho et Firmino n’ont pas encore 30 ans), une partie d’entre eux devrait faire leurs adieux à la compétition en 2018. Principalement en défense : Filipe Luís (33 ans an août), João Miranda (33 ans), Thiago Silva (33 ans), Daniel Alves (35 ans en mai), voire Marcelo (30 ans en mai). À eux de finir sur une bonne note, et de prolonger ainsi l’idylle entre Coupe du monde et Amérique du Sud.

Notes

1 Nous avons choisi de considérer les Coupes du monde 1970, 1990 et 2010 comme faisant partie de la décennie précédentes, car elles ont lieu en fin de saison. La Coupe du monde 1950 est incluse dans la décennie correspondante car elle marque une reprise.

2 Le Vénézuela est le seul pays sud-américain à n’avoir jamais figuré en Coupe du monde. Le Guyana, le Suriname et la Guyane jouent avec les sélections caribéennes et nord-américaines.

Crédits photos :

Flickr, Arthur Boppré, Maracanã (Viagem helicóptero), Licence CC2.0

Wikipedia Commons, Chensiyuan, James Rodríguez colombia national football team world cup 2014 rio de janeiro uruguay round of 16, Licence CC BY-SA 4.0

Wikipedia Commons, auteur inconnu, Uruguay national football team 1930 world cup winners, Domaine public

Wikipedia Commons, AFP/SCANPIX, Pelé dribble un défenseur durant le match Malmö-Brazil de 1960, Domaine public

5 réflexions au sujet de “Bilan en Coupe du monde : l’idylle sans fin entre l’Amérique du Sud et le Mondial”

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